10.04.2009

L'équitation

 

Dans ma jeune cinquantaine, j’apprends qu’un centre équestre vient d’ouvrir à Laterrière et offre des cours sans discrimination d’âge. J’y entre au grand galop. Avec mes amis Suzie et Rodolphe je découvre les plaisirs de ce sport et ses difficultés.

L’aménagement bucolique de ce centre est l’œuvre des frères Jeannot et Alyre Tremblay, créateurs originaux et gens de goût. On y trouve des sentiers ombragés et une prairie verdoyante propices à la randonnée. L’écurie d’une propreté impeccable compte huit chevaux. Un manège spacieux est le lieu de notre apprentissage. Pour compléter le tout, on trouve dans le pavillon principal un restaurant gastronomique au nom poétique de Fauche le vent.

Le maître de manège, Claude Lagueux, m’impressionne par ses qualités de pédagogue et aussi par son élégance, laquelle rivalise avec celle du pur sang de sa monture. Il m’enseigne l’abc du sport équestre : comment approcher le cheval, comment le seller, le monter, le diriger.

Mon approche du cheval n’est pas nouvelle. Élevée à la campagne, il m’est arrivé plusieurs fois dans mon enfance d’enfourcher Tom, le plus docile des chevaux de la ferme. Très jeune, après les travaux des champs, je me voyais souvent confier par mon père la tâche de ramener Tom à l’écurie. Il me hissait sur le dos du cheval, je m’agrippais à son cou et je me laissais emporter joyeusement au rythme cadencé de ses pas.

Je retrouve à Laterrière ces sensations de mon enfance: la chaleur de l’animal, la douceur de sa robe, le rythme du galop, ce sentiment de liberté qui m’élève au dessus de ma taille.

Difficulté

L’art de l’équitation n’est pas que plaisir, il est une discipline exigeante. Il apprend à l’écuyer le maintien et l’équilibre. Il lui apprend à dominer ses peurs. Il lui apprend surtout à être à l’écoute de son cheval, à communiquer avec lui afin qu’il comprenne ses intentions. Il y arrive plus facilement lorsqu’il possède son propre cheval. Ce n’est hélas pas mon cas. Je dois d’une fois à l’autre monter un cheval différent. Malgré tout j’aime ce sport associé à une des plus belles, des plus gracieuses et des plus nobles créatures du monde.

Malheureusement, il m’est arrivé un incident qui m’a traumatisée irréversiblement. C’était lors d’une randonnée avec mes amis. Je chevauchais un cheval nerveux que je connaissais peu. Tout allait bien jusqu’au moment où longeant la route, un camion klaxonna de façon stridente. Du coup mon superbe alezan se cabra à la verticale. Que faire? Instantanément je me suis rappelée une phrase de mon père : C’est toi qui mène le cheval et non l’inverse. Je tirai de toutes mes forces sur les rênes et lui dis péremptoirement: calme toi! Il s’est remis sur ses pattes et m’emporta dans une chevauchée jusqu’à épuisement de ma peur.

Mon professeur qui fermait la caravane et qui n’avait rien perdu de la scène m’a félicitée en me disant que j’avais eu les bons réflexes. De mon côté avec cet incident traumatisant je venais de perdre ma candeur confiante. J’ai mis fin définitivement à l’équitation.

Plus tard j’ai donné ma bombe et mes bottes à ma petite-fille Fanny qui commençait à s’intéresser à ce sport passionnant.

 

17.01.2009

Agression

 

C’était en 1988. Je me souviens de l’année, car la veille, j’avais appris la naissance d’Ariane, ma première petite-fille.

 

C’était la fin d’un séjour en Floride avec mon amie Céline.

Un dernier rayon de soleil au bord de la piscine avant de boucler les valises. Je laisse Céline monter seule à la chambre.

Je te rejoins dans un instant. Le temps de régler mon compte de téléphone.

 

Le jeune directeur de l’hôtel, qui a toujours été empressé envers nous, m’invite à revenir en vacances avec ma famille.

Le troisième étage a été rénové en appartements et sera disponible bientôt. Venez avec moi, j’y vais justement, vous verrez comme c’est invitant.

Sans appréhension, je le suis. Il ouvre la porte d’une suite, il me regarde d’un œil trouble, ferme la porte à double tour et met la clé dans sa poche. Piégée, je crains le pire. Je tente de m’imposer :

Ouvrez, s’il vous plait.

— Non, ma belle, il y a longtemps que j’attends ce moment.

Violemment, il me jette sur le lit. Comment m’en sortir?

Lâchez-moi, monsieur, je suis grand-mère!

Manifestement cela ne le dérange pas. Il essaie de me dévêtir. Une inspiration soudaine me fait trouver l’argument décisif :

Si vous n’ouvrez pas la porte immédiatement, je vous fais perdre votre JOB !

— O.K. !

 

Toute bouleversée et en pleurs, je cours à la chambre et raconte l’incident à ma copine.

Pour mieux comprendre, sans doute, Céline me demande si je ne l’aurais pas provoqué. Là, c’en est trop, et je pleure de plus belle… Désolée, elle me prend dans ses bras et manifeste la compassion dont j’ai le plus besoin.

 

De retour à la maison, je trouve dans ma valise un mot d’excuse de cette amie de longue date qui me dit son regret d’avoir douté un instant de mon honnêteté dans cette inimaginable histoire d’agression.

 

16.01.2009

La vie est belle

 

Quelques mois après une sérieuse opération à la clinique Mayo de Rochester, je suis convoquée pour des examens de contrôle. On me dira alors si l’intervention chirurgicale a été un succès.

Claude, retenu par ses obligations professionnelles ne peut m’accompagner. Je pars donc seule : sauts en avion du Saguenay à Montréal, Montréal—Chicago et enfin Chicago—Rochester. Je couche à notre hôtel habituel avec l’espoir qu’on me rassurera sur l’état de ma santé.

Le lendemain, jour de vérité.

Des techniciens me radiographient de la tête aux pieds. Ils sont souriants, mais muets comme des carpes. Quelle en est la lecture? Mon inquiétude augmente.

Le médecin radiologiste vous recevra dans deux heures et vous donnera le résultat.

Jamais deux heures ne me paraissent aussi longues. Je me réfugie dans un fauteuil d’une des salles d’attente et essaie de brûler le temps par la lecture. Je suis incapable de me concentrer. Je ferme le livre. Je me laisse aller à la contemplation du lieu : murs de pierres et de bois rares, cascades d’eau, sculptures de bronze, rosasses de plantes vertes… Tant de beautés sont là pour moi. Je me lève et trouve réconfort auprès d’une plante verte, lui confie en silence mon angoisse. Elle est si jolie, si rayonnante de santé que soudain je retrouve espoir en la vie.

Onze heures. Il est temps de rencontrer le médecin. Sur un écran lumineux de son bureau sont disposées mes radiographies.

Madame voyez les radiographies. Celles d’avant et celles d’aujourd’hui. Il n’y a plus de traces du cancer sur ces dernières.

Spontanément je lui saute au cou!

Merci docteur! Vous êtes la première personne avec qui je peux partager ma joie. Pardonnez mon exubérance.

 

Pour célébrer la bonne nouvelle, je rapporte des cadeaux pour mes enfants et petits-enfants en leur disant : La vie est belle!