15.01.2009

Mot savoureux

 

On sonne à la porte par un beau dimanche à huit heures du matin. À ma grande surprise, tante Isabelle et oncle Gérard sont devant moi.

Excusez-moi de venir vous déranger de si bonne heure, mais j’aurais besoin de parler à Claude.

Mon jeune époux s’amène craignant que les visiteurs lui apportent une mauvaise nouvelle.

Non, non, c’est à cause d’un papier de conséquence que j’ai reçu hier. J’y comprends rien. Je n’en ai pas dormi de la nuit. J’ai pensé que toi, avocat, tu serais capable de me l’expliquer.

Claude répondit de bonne grâce aux vœux de sa tante qui repartit satisfaite.

 

Depuis, chaque fois que je reçois un document compliqué, je pense au papier de conséquence, mot si savoureux de tante Isabelle.

 

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22.11.2008

Bear or berry ?

 

Il fait beau en cette chaude fin d’août. La manne bleue abonde aux alentours du lac Kénogami. Marie-Paule rêve de succulents desserts aux bleuets pour sa famille.

Tout l’après-midi elle cueille les grappes juteuses et remplit sa chaudière à plein bord.

Heureuse de sa cueillette, elle est sur le chemin du retour.

Un automobiliste de langue anglaise s’arrête en disant très fort : Bear!


— No, dit-elle avec un grand sourire, BERRY!

L’anglophone insiste en pointant son doigt derrière elle:


— Bear! bear!

Notre cueilleuse tourne la tête et voit à vingt pas d’elle un ours gourmand sans doute attiré par sa chaudière. Effrayée elle détale en laissant tomber toute sa cueillette.

Adieu tarte, pouding, galettes aux bleuets!

 

20:08 Publié dans Humour | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : ours

Saint Antoine

 

La foi transporte les montagnes mais pour mon père pas toujours aussi vite qu’il l’aurait voulu.

Papa vivait sa retraite à rendre service. Ses enfants pouvaient compter sur lui pour effectuer des travaux de menuiserie voire même des rénovations importantes. Il acceptait rarement de travailler en dehors de la famille.

Un jour cependant, il reçoit une demande de la Supérieure des religieuses Antoniennes de Chicoutimi. Elle connaît sa générosité et le sollicite pour effectuer des réparations au réfectoire du couvent. C’est donc avec son coffre à outils et ses mains habiles que mon père s’amène chez les bonnes sœurs.

Dès les premiers jours son beau marteau tout neuf disparait. Il a beau chercher partout. Rien.

— Je vais vous passer celui de la communauté, dit la religieuse qui s’empresse d’aller le chercher.

Elle lui apporte un vieux marteau tout branlant dans le manche. Difficile pour mon père de travailler avec un si vieil outil.

— Demandez à saint Antoine de vous aider à retrouver le vôtre, Monsieur Tremblay. Vous n’avez qu’à lui promettre une récompense, ne serait-ce que 25 sous. Mais surtout il faut que vous ayez la foi!

Les jours passent. Toujours pas son marteau. Lassé de travailler avec l’outil de fortune des sœurs, papa va à la quincaillerie s’en acheter un autre.

À la fin des rénovations, voilà qu’en soulevant une planche, il voit son marteau là, provoquant !

— Je vous l’avais bien dit, n’est-ce pas, que saint Antoine le trouverait? Quand on a la foi, on est récompensé.

Malgré le retard à être exaucé mon père se sent obligé de remplir sa promesse. Il plonge la main dans sa poche, prend une pièce de vingt-cinq cents et la lance au fond du réfectoire dans un amas de bran de scie :

— Tu m’as laissé chercher, saint Antoine… Cherche à ton tour!

Grand éclat de rire de la supérieure qui avait le sens de l’humour…

 

Ice pack

 

Notre petite-fille Ariane est douée pour faire des esclandres théâtraux. Un jour elle nous en a servi tout un qui relevait du pur vaudeville.

Elle est venue consulter un dermatologue à Québec. Celui-ci lui prescrit un sérum qu’elle doit tenir au froid. Comme elle ne rentre pas à Chicoutimi avant quelques heures, il lui demande où elle loge.

Chez mes grands-parents.

Il vous faudrait placer le médicament sous un ice pack. Je vous suggère de vous en acheter un, car vos grands-parents ne doivent pas avoir d’ice pack.

Comment ça, ils n’ont pas d’Ice pack? Si vous connaissiez mes grands-parents vous ne diriez pas ça. Mon grand-père est même meilleur en informatique que mon père. Ils ne sont pas facile à suivre vous savez… Ils voyagent, suivent des cours à l’université, dansent le tango… Ils en ont sûrement des ice packs.

Et notre Ariane de poursuivre sa tirade manifestant son indignation de constater qu’on jugeait à priori ses grands-parents sans les connaître…

Non mais dire qu’ils n’ont pas d’ice pack mes grands-parents! Franchement…!

 

Strip tease

 

L’abbé Roland Larouche, curé de notre paroisse Saint-Raphaël de Jonquière, me demande de dire un mot lors de la visite pastorale de l’évêque. J’ai oublié à quel propos, mais je me souviens très bien de la timidité que je ressentais.

Au jour dit, Monseigneur Marius Paré, homme grand, filiforme et d’allure ascétique comme une icône byzantine, fait son entrée dans le chœur vêtu du costume d’apparat attribué aux princes de l’Église.

Impressionnée, je me sens bien petite. Plus mon temps de prendre la parole approche, plus mon angoisse augmente.

Je me suis rappelé un truc, lu je ne sais où, que pour démystifier un grand personnage on devait mentalement le mettre à nu. Forte de ce conseil judicieux, je me mets à l’imaginer sans ses parures, lui enlevant progressivement (Dieu me pardonne!) la crosse, la mitre, la chape, la chasuble, l’étole, le surplis, la soutane… ne lui laissant que son caleçon… Décence tout de même!

Magique. Ce strip-tease irrévérencieux aura eu le don de me le rendre humain et j’ai prononcé mon discours sans bafouiller.

 

Mon père, conteur

 

Mon père était un conteur. Il nous racontait l’Histoire à sa façon par des récits pittoresques où la chronologie n’existait pas. L’Antiquité chevauchait le Moyen-âge, l’Ancien et Nouveau Testament se confondaient avec l’actualité. Avec lui, l’Histoire se déroulait au présent et il était toujours présent dans l’histoire.

Ma mère par souci de rectitude remettait subtilement les choses en ordre à la fin du récit.

 

Compagnon des héros

 

Papa nous servait ses héros favoris dans des versions différentes toutes aussi passionnantes. La diversité de son auditoire stimulait son imagination.

Ses récits commençaient toujours par : Quand j’étais avec… ou… Un jour alors que nous étions… et moi…

Le comble de ses fantaisies l’amenait à mettre en scène Gengis Khan, Buffalo Bill et Josué dans le même récit. Mais ordinairement il nous racontait les faits héroïques d’un seul héros à la fois. Alors cela devenait une grande fresque abondante de détails savoureux.

Avec Gengis Khan, chef des Mongols, il nous a amenés en Russie, en Chine, en Perse, à la conquête de l’Asie. Nous avions droit à la longue chevauchée des troupes, à la couleur des chevaux, à la fatigue des hommes, à une description des habits des vaincus et des vainqueurs.

Buffalo Bill fut à mon avis son super héros. Pensez donc, tuer 69 bisons en une journée! Papa nous a raconté que cet homme avait dirigé le spectacle le plus populaire du monde qu’il a présenté dans toute l’Amérique du nord y compris au Canada et à Paris en 1905 au pied de la tour Eiffel devant trois millions de spectateurs. Il avait recréé en spectacle l’atmosphère de l’Ouest américain, la chasse au bison et l’attaque d’une diligence. Mon père était de tous les numéros.

Quant à Josué, nous avons entendu le son des trompettes antiques utilisées par les Hébreux contre les murailles de Jéricho lors de la conquête de Canaan.

Josué m’a envoyé dire à ses hommes de faire sonner les trompettes pendant sept jours en faisant sept fois le tour de la ville. À la fin, les murailles de Jéricho se sont effondrées et on a pu prendre la ville.

Notre père savait saisir le moment opportun.

 

L'histoire sans fin

 

Un soir d’été à la brunante nous prenons l’air sur la galerie. Simon, mon cousin de douze ans, est en promenade chez-nous. Papa commence à voix basse cette histoire sans fin et en augmente progressivement le crescendo:

Dans les sombres forêts des Apennins existe une caverne de brigands. Le chef dit à l’un d’eux : Nicodème, raconte-nous une de ces histoires qui font trembler les montagnes et frémir les passants. Nicodème commença ainsi :

Dans les sombres forêts des Apennins existe une caverne de brigands. Le chef dit à l’un d’eux : Nicodème, raconte-nous une de ces histoires qui font trembler les montagnes et frémir les passants. Nicodème commença ainsi :

Dans les sombres forêts des Apennins existe une caverne de brigands. Le chef dit à l’un d’eux : Nicodème, raconte-nous une de ces histoires qui font trembler les montagnes et frémir les passants. Nicodème commença ainsi :

Dans les sombres forêts des Apennins…

 

Simon affolé s’écrit :

Arrête mon oncle, ça m’poigne dans l’dos!